Çà peut paraître bizarre, mais je viens (enfin) de comprendre ce qui va pas chez moi. On dit qu'après un fort traumatisme psychologique, on est marqué à vie. Ben vous savez pas quoi ? Je crois que c'est pour çà que je n'arrive à m'attacher qu'à une petite poignée de gens...
En vrai, imaginez que vous perdez quelqu'un qui vous est très cher, qui a pris la place d'un parent malgré qu'il n'y a aucun lien de sang entre vous.
Imaginez que vous vous levez un matin, journée banale comme d'habitude, petit déj', douche, ordi, sortie.
Au moment où vous rentrez chez vous, vous allez dans votre chambre, histoire de finir ce glandage magnifique en beauté, et que là vous écoutez cette personne qui vous est chère gémir...
En bon garçon sage et gentil, vous allez voir, et là, vous le retrouvez à moitié évanoui, en train de succomber à une attaque.
Vu que vous avez un diplôme de secourisme, vous allez lui portez secours.
LA plus grosse erreur de toute ma vie.
Cette personne est à présent inconsciente, vous la mettez en PLS en attendant les secours. 5 minutes. 10 minutes. 15 minutes. Le temps paraît s'écouler de plus en plus lentement. Vous avez la peur au ventre, vous ne voulez pas croire ce qui se passe, rien ne compte plus que d'entendre cette sirène de merde. Et là enfin, vous l'entendez, vous les voyez arriver, vous vous dîtes que tout ira bien.
Et là, à 15H50 précise, heure dont vous vous souviendrez toute votre vie, comme de cette journée, on vient vous voir, et on vous dit ces mots, ceux que vous ne voulez pas entendre.
"Je suis désolé, on ne pouvez plus rien faire que de le laisser partir sans souffrance."
Vous ne voulez pas y croire bien sûr, vous criez, vous dîtes que ce n'est pas possible... Jusqu'à ce que vous écoutiez cette phrase, celle qui signifie que tout est fini.
"Heure du décès, 16H."
Je ne me rappelle que d'une seule chose, très nettement, c'est que je me suis effondré par terre, et que je suis resté là, à le haïr de nous avoir abandonnés, à pleurer. Le reste de la journée, aucun souvenir, jusqu'au soir où, tellement je m'en voulais de n'avoir rien pu faire de plus en attendant les secours, je faisais exprès de me faire du mal physiquement...
Après çà, on se dit que la vie n'a pas d'importance en fin de compte, vu qu'on mourra tous un jour ou l'autre. A partir de là, on n'accorde plus d'importance à ce qui se passe autour de soi, on se replie sur soi-même, et on ne s'en rend compte que lorsque l'on réalise qu'on est incapable de se souvenir de ce que l'on a fait avant-hier, alors que l'on se souvient de chaque détails de ce Mardi 18 Juillet 2006...
Comme le dit la chanson, "on oublie jamais rien, on vit avec", et ben dit toi bien, où que tu sois, que je ne t'oublie pas, que je ne le veux pas, mais que j'ai besoin de me sentir vivant, au moins jusqu'à ce que la mort m'emporte également, que ce soit demain comme dans 40 ans...
Après avoir vécu quelque chose comme çà, on grandit brutalement, pour finir par vouloir le cacher, avec tout les moyens possibles et imaginables, comme paraître plus con qu'on ne l'est, faire des choses qu'on regrettera un jour, faire du mal aux gens parce qu'on ne veut pas s'attacher trop à eux, essayer d'oublier cette p*** de journée, devenir agressif, s'en prendre à des gens qu'on connait à peine... Je peux vous dire que je regrette pas mal de chose, mais maintenant j'ai compris.
J'ai compris que grâce à toi, j'ai connu les meilleurs moment de mon enfance, que je croyais naïvement que cela durerai, mais j'ai ouvert les yeux, et j'ai appris que s'attacher aux autres, çà veut dire souffrir. Mais dernièrement, j'ai aussi réalisé que, si on ne s'attache à personne, la vie ne sert à rien et elle est gâchée...
Alors, en ta mémoire, je vais essayer, encore et encore, je vais essayer...
Rien à foutre si vous lisez tout ou non, mais au moins, vous comprendrez peut-être un peu mieux pourquoi je réagis comme je le fais...